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"Faut-il interdire TikTok en Côte d'Ivoire ?" (Jean Bonin)

Mardi 1 Avril 2025

Face à la propagation de discours haineux sur TikTok en Côte d'Ivoire, Jean Bonin analyse les options de régulation et s'interroge sur l'opportunité d'une interdiction totale.


TikTok fait l'objet d'un débat sur son maintien dans l'espace numérique ivoirien. Jean Bonin, dans une récente tribune, s'interroge sur l'opportunité d'interdire cette plateforme en Côte d'Ivoire, à l'image de plusieurs pays qui ont pris des mesures restrictives. L'Albanie a totalement banni l'application, tandis que la France et les pays scandinaves en ont limité l'usage pour leurs fonctionnaires.

La plateforme chinoise est accusée de servir de vecteur à la propagation de discours haineux et de fausses informations, particulièrement sensibles dans un contexte ivoirien marqué par un passé de tensions ethniques et politiques. Toutefois, une interdiction totale soulève également des questions sur la liberté d'expression et l'impact économique pour les créateurs de contenu locaux.

Exemples internationaux de sanctions

Les sanctions contre TikTok se multiplient à l'échelle mondiale. Jean Bonin cite plusieurs cas récents : « Le Venezuela a infligé le 30 décembre 2024 une amende de dix millions de dollars à TikTok pour sa négligence à contrôler les défis en ligne, après la mort de trois adolescents vénézuéliens ayant relevé un défi dangereux laissé en circulation sur la plateforme chinoise. »

L'Union européenne n'est pas en reste dans cette démarche punitive. « Le 15 septembre 2023, c'était au tour de l'Union européenne de sanctionner TikTok d'une amende de 345 millions d'euros pour avoir manqué à ses obligations de protection des données relatives aux mineurs », rappelle l'auteur. Plus récemment, « l'Italie a, quant à elle, le 14 mars 2024, infligé à TikTok une amende de 10 millions d'euros pour avoir laissé prospérer des vidéos menaçant la sécurité des mineurs. »

Ces exemples démontrent une tendance internationale à responsabiliser financièrement les plateformes numériques plutôt qu'à les interdire complètement. Cette approche permet de maintenir l'accès aux services tout en contraignant les entreprises à une modération plus stricte des contenus.

L'échec des mesures préventives en Côte d'Ivoire

Malgré les efforts des autorités ivoiriennes, les mesures préventives semblent insuffisantes. Jean Bonin constate que « le ministère de la communication mène des campagnes régulières de sensibilisation des utilisateurs aux dérives possibles et a initié une législation stricte contre la propagation de discours haineux. Force cependant est de constater que ces mesures préventives ne fonctionnent pas. »

L'échec de l'approche pédagogique est particulièrement visible face à des comportements ciblés. « Des cybercriminels, sous le prétexte de militantisme politique, propagent quotidiennement et impunément des discours virulents de haines raciales, communautaires ou religieuses », dénonce l'auteur, qui ajoute : « Trop c'est trop. »

Cette situation alarmante pousse à envisager des mesures plus coercitives, sans nécessairement aller jusqu'à une interdiction totale de la plateforme. L'enjeu est de cibler les comportements problématiques sans pénaliser l'ensemble des utilisateurs.

Jean Bonin suggère une voie médiane entre l'interdiction totale et le laisser-faire actuel. « Une approche plus équilibrée pourrait être de renforcer la régulation de la plateforme en collaborant avec TikTok pour limiter les contenus dangereux ou tout simplement faire désactiver les comptes qui propagent la haine, faute de quoi la Haca pourrait lui infliger de lourdes amendes. »

Pour les utilisateurs résidant à l'étranger mais propageant des discours haineux visant la Côte d'Ivoire, l'auteur propose une méthode pragmatique : « C'est donc à nos frontières, dans nos consulats et ambassades, lorsqu'ils s'y rendront pour notamment des démarches administratives, qu'il faudrait 'coincer' ceux d'entre-eux qui sont des ivoiriens et qui croient naïvement que résider dans un pays étranger les autorise à dire et faire n'importe quoi. »

Cette proposition s'appuie sur la citation de l'ancien président Félix Houphouët-Boigny : « L'oiseau a beau se fâcher contre l'arbre. Il finit par venir se poser tôt ou tard sur sa branche. » Elle rappelle que la juridiction ivoirienne peut s'exercer sur ses ressortissants, même lorsqu'ils résident à l'étranger.

Le débat sur TikTok en Côte d'Ivoire illustre la complexité de la régulation des plateformes numériques dans un monde globalisé, où les enjeux de liberté d'expression, de sécurité nationale et de cohésion sociale s'entrechoquent.

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