Le déguerpissement de Yopougon Gesco, survenu les 19 et 20 février 2024, reste gravé dans la mémoire collective des Abidjanais. Cette opération, menée sous l'autorité du ministre-gouverneur Cissé Bacongo, a provoqué la destruction d'habitations, de commerces et d'établissements scolaires, laissant des milliers de familles dans le désarroi. L'intervention des bulldozers est intervenue au lendemain de la victoire historique des Éléphants à la CAN 2024, transformant brutalement l'euphorie nationale en cauchemar pour les habitants du quartier. Des familles entières se sont retrouvées à la rue, des commerçants ont perdu leurs moyens de subsistance, et des élèves ont vu leur année scolaire perturbée.
Une action gouvernementale controversée]
La mise en œuvre de ce déguerpissement révèle des dysfonctionnements majeurs dans la coordination des actions gouvernementales. La déclaration publique d'Adama Bictogo, maire de Yopougon, avant les destructions, met en lumière l'absence de concertation entre le District d'Abidjan et la municipalité. Le ministère de l'Éducation nationale, pourtant concerné par la destruction d'établissements scolaires, semble avoir été tenu à l'écart du processus décisionnel. Les justifications avancées pour cette opération se contredisent. Alors que les autorités évoquent une zone à risques impropre à l'habitation, des résidents présentent des documents officiels, notamment des Attestations de Concession Définitive (ACD) délivrées par le ministère de la Construction et un plan de lotissement approuvé par l'État ivoirien.
Des questions sans réponses
L'absence de plan de recasement préalable soulève des interrogations sur la méthodologie employée. Les populations déguerpies n'ont reçu aucune solution de relogement, tandis que le sort des élèves, particulièrement ceux en classe d'examen, est resté en suspens. Cette situation questionne la vision sociale des projets d'aménagement urbain dans la capitale économique. Un an après les faits, la transparence fait défaut sur l'avenir de cette zone, souligne Nazaire Kadia dans son analyse. Les craintes des habitants portent notamment sur la possible émergence de projets immobiliers privés, comme observé sur d'autres sites ayant connu des déguerpissements similaires à Abidjan.