Sans réseau propre, Wave cible le marché du crédit

Lundi 31 Mars 2025

La stratégie de Wave sur le marché du crédit téléphonique ivoirien sans infrastructure propre soulève des inquiétudes pour l'avenir des 40 000 points de vente locaux.


Sans réseau propre, Wave cible le marché du crédit © Crédit photo DR
Pourquoi Wave cherche-t-elle à s'imposer dans la distribution des crédits téléphoniques en Côte d'Ivoire ? La question se pose alors que la fintech américaine, connue sous le nom de "Tapédo" dans le pays, annonce son intention de devenir un distributeur de recharges téléphoniques, sans posséder de réseau propre.

Cette démarche fait suite à son arrivée sur le marché du mobile money où elle a imposé une commission fixe de 1%. Wave, qui a bénéficié d'importants financements internationaux, s'appuie sur les infrastructures des opérateurs existants tout en développant une stratégie de distribution parallèle qui bouscule l'écosystème local.

Un réseau de distribution traditionnel menacé

Le système de distribution des crédits téléphoniques en Côte d'Ivoire s'articule autour de 40 000 kiosques et petits commerces répartis sur l'ensemble du territoire. Ces points de vente, gérés par des jeunes, des femmes et des micro-entrepreneurs, constituent un réseau de proximité essentiel pour l'accès aux services télécoms.

Ces détaillants, présents "au coin de chaque rue" depuis plus d'une décennie, assurent un service vital pour les communautés locales. Ils représentent le premier niveau de contact avec les clients et jouent un rôle clé dans la chaîne de valeur des télécommunications.

L'arrivée de Wave dans ce secteur pourrait déstabiliser cet équilibre économique local. Après avoir "secoué les équilibres tarifaires" et "imposé une baisse brutale des commissions" dans le mobile money, la fintech pourrait provoquer une nouvelle perturbation dans ce marché qui "fait vivre des familles entières".

Des questions de viabilité et d'équité réglementaire

L'expansion de Wave vers la distribution des crédits téléphoniques soulève des interrogations sur sa stratégie à long terme. La fintech "ne détient ni réseau mobile, ni licence d'opérateur, ni carte SIM, ni technologie de voix ou de données", mais veut néanmoins contrôler la distribution des produits d'opérateurs qu'elle concurrence par ailleurs.

Cette approche pose la question de l'équité réglementaire. Les opérateurs télécoms sont soumis à des obligations d'investissement dans les infrastructures et à diverses contraintes réglementaires, tandis que Wave opère avec des exigences différentes. "Pourquoi ne pas imposer à Wave les mêmes exigences qu'aux autres acteurs du secteur ?" s'interroge le communiqué.

La durabilité du modèle économique de Wave, avec sa politique tarifaire agressive, est également mise en question. L'entrée sur le marché du crédit téléphonique pourrait-elle être une tentative de trouver "une nouvelle bouffée d'oxygène" face à un modèle à 1% potentiellement "intenable à long terme" ? Le débat reste ouvert sur les intentions réelles de la fintech et sur la nécessité d'une régulation adaptée pour protéger l'économie locale.
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