Monnaie nationale : le Sénégal pourrait quitter le franc CFA

Samedi 5 Avril 2025

Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a évoqué le 4 avril 2025 une possible sortie unilatérale du franc CFA si les processus de réforme monétaire à la Cédéao et l'UEMOA n'avancent pas.


Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a évoqué le 4 avril 2025 une possible sortie unilatérale du franc CFA © Crédit photo DR
La monnaie nationale constitue un objectif clair pour le Sénégal sous la présidence de Bassirou Diomaye Faye. Lors d'une rencontre avec la presse locale vendredi soir, après le défilé du 4 avril, le chef de l'État a exprimé sa volonté de voir son pays disposer de sa propre devise. « Nous ne renoncerons jamais dans la quête de la souveraineté intégrale et la recherche de voies et moyens pour disposer de notre propre monnaie », a-t-il déclaré.

Cette position s'inscrit dans un contexte de débats persistants sur l'avenir du franc CFA en Afrique de l'Ouest. Le président sénégalais a précisé sa stratégie en évoquant plusieurs scénarios possibles, allant d'une solution régionale concertée à une initiative nationale en cas d'impasse dans les négociations avec les autres pays membres de l'UEMOA et de la Cédéao.

Options régionales privilégiées

La préférence du président Faye va d'abord aux solutions collectives régionales. Il a rappelé que le projet de l'ECO, future monnaie commune de la Cédéao, reste une option prioritaire. Cependant, face aux retards dans ce processus, il envisage des alternatives. « Nous nous sommes interrogés : à défaut de l'obtenir dans le cadre de la Cédéao, pourrait-on y parvenir au sein de l'UEMOA ? », a-t-il expliqué.

Selon le président sénégalais, des avancées existent déjà au niveau institutionnel. Il a révélé que « la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) disposait déjà d'une étude avancée sur la création d'une monnaie souveraine dotée d'un nom, d'un symbole et de billets propres ». Cette information suggère que les travaux préparatoires pour une réforme monétaire profonde sont plus avancés que ce qui était connu publiquement.

Malgré des « réformes importantes » entamées concernant « les goulots d'étranglement dans l'administration du franc CFA », le président a souligné que cette monnaie « reste arrimée à l'euro », ce qu'il considère comme une limitation à la souveraineté économique complète.

La voie unilatérale en dernier recours

Face à l'incertitude des processus régionaux, Bassirou Diomaye Faye n'écarte pas l'option d'une initiative unilatérale. « Si nous pouvons l'avoir dans la Cédéao, tant mieux. Sinon dans l'UEMOA. Mais si ça tarde, nous sortirons pour battre notre propre monnaie », a-t-il affirmé. Cette déclaration marque une position plus tranchée que celle de ses prédécesseurs sur la question monétaire.

Toutefois, le président fait preuve de réalisme quant aux défis d'une telle transition. « Il y a des prérequis en termes de stabilisation des agrégats et de sécurisation macroéconomique. Même notre économie d'exportation n'est pas encore prête pour garantir les devises nécessaires », a-t-il reconnu, tempérant ainsi les attentes d'un changement immédiat.

Ces propos interviennent alors que plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest questionnent l'avenir du franc CFA. Le Mali, le Niger et le Burkina Faso, désormais regroupés au sein de la Confédération des États du Sahel (AES), ont également évoqué des projets de souveraineté monétaire.

Les déclarations du président sénégalais pourraient relancer les discussions au sein des institutions régionales sur l'accélération des réformes monétaires. Elles constituent un signal fort de la volonté du Sénégal de faire avancer ce dossier qui touche directement à la souveraineté économique du pays et de la région ouest-africaine.
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